Bénin
9 février
Par Pascale


Venir d’Afrique du Sud au Bénin fut épique à tous les points de vue.
Partis de Cape Town le 8 février à 14h45 avec une première escale à Johannesburg deux heures plus tard, nous avons failli rater la correspondance pour Dakar à 2 minutes…
Arrivés à Dakar à 2 heures du matin nous avons attendu 6 heures notre prochain vol pour Cotonou. Cela nous a permis de rencontrer Ally à l’aéroport, et, jusqu’à 8 heures du matin (pas toujours très éveillés…) nous avons parlé de son pays, le Sénégal, dont la réalité semble bien différente de l’image habituellement véhiculée par les médias européens.b456.jpg
 Michel est resté à Dakar pour faire les visas pour la Mauritanie, nous avons pris notre correspondance pour Cotonou (Capitale du Bénin) avec escale à Abidjan en côte d’Ivoire… tout cela avec un deuxième jeu de passeports que nous avions apportés avec nous.
Arrivés à Cotonou, à 14h30 (soit 24 heures après notre départ d’Afrique du Sud), nous ne trouvons pas nos bagages. Ils sont restés à Dakar car enregistrés (par ordre alphabétique) au nom de Michel (tout le monde suit ?).
Je passe beaucoup de temps avec Evariste (joli prénom) qui s’occupe des « erreurs de bagage ». Il faut dire que la situation est un peu baroque à expliquer (en bref, nous arrivons d’Afrique du Sud via Dakar et la personne enregistrée pour les bagages n’est pas à Cotonou mais à l’Ambassade de Mauritanie à Dakar, il ouvrait grand ses yeux et rigolait)…
Argh, nous ne pourrons les récupérer que trois jours plus tard par le prochain vol dans lequel Michel devrait être, sauf s’il est passé par Ouagadougou ou par Bamako. Bref, un peu compliqué….
 9 février
Pour tout comprendre, voici l’histoire de l’homme au maillot jaune :
« Au petit matin, décision est prise de faire comme si nous partions tous pour Cotonou.
Passage billets, police, sécurité, douanes, normal puis je ne monte pas dans l'avion en expliquant l’impossibilité de prendre l’avion pour Cotonou pour raisons administratives.
Pascale, Sylvie et Alain partent à Cotonou via Abidjan avec leurs anciens passeports et mon passeport est à nouveau tamponné mais en sens inverse…
Ally m'attend à la sortie de l'aéroport et décide de son propre chef de m'aider dans la course administrative du jour : obtenir les visas en une demi-journée !!! Pour aller à Cotonou, j’ai un vol à 15 heures aujourd’hui sur la Compagnie Aérienne du Mali (parfaitement inconnue pour moi) ou un autre dans 2 jours sur Air Sénégal International.
L’habileté d’Ally à négocier les taxis au meilleur prix fait plaisir à voir. Je suis content car ce temps passé ensemble supplémentaire nous permettra de faire plus ample connaissance et la rencontre humaine fut réellement heureuse.
Nous arrivons au consulat de Mauritanie une heure avant le préposé aux visas qui après nous avoir salué s'empresse de ressortir prendre un café et apporter son boubou blanc à la blanchisserie.
A 9h45, il est fin prêt à écouter mon argumentation sur la nécessité de nous octroyer les visas avant 14h15.
Il m'explique que suite à l'attentat (celui qui a coûté le Dakar… c'est du moins la raison invoquée par l'organisateur du rallye que j'avoue ne pas croire du tout, la machine à sous a simplement remplacé la machine à rêves de Thierry Sabine…), la Mauritanie pour raisons sécuritaires a modifié et informatisé la gestion des entrées/sorties à ses frontières.
Justement, le fonctionnaire du ministère des affaires étrangères est là pour installer le scanner et le former sur le nouveau logiciel (gasp) !!!
Après lui avoir laissé tous les documents, il me  demande de me représenter entre 11 h et midi et nous partons avec Ally faire un  petit tour en ville.
Je retrouve un Dakar plus haut que dans mes souvenirs :  les immeubles ont bien pris 3 à 4 étages de plus en 30 ans !
Retour en Mauritanie après un copieux déjeuner de mouton grillé (faut bien nourrir la nuit blanche) où notre fonctionnaire annonce que ce ne sera pas possible mais me conseille en même temps de demander une audience au consul.
Inscrit en 4ème position sur la liste d’attente auprès de son secrétariat, le consul général me reçoit vers les 13 h. Après une âpre mais cordiale lutte argumentaire, il accepte de délivrer les sacro-saints laissez-passer...
Pour l'anecdote, face à son argumentation des 10 jours nécessaires pour l'obtention d'un visa pour les 25 pays de l'espace Schengen européen, ma réponse purement mathématique lui prouva indéniablement que cela ne faisait jamais qu'un délai de 0,4 jour par pays... soit moins d'une demi-journée !
Le rire peut-être aussi une bonne arme de négociation en Afrique !!!
Les passeports en main, retour à l'aéroport, achat du billet au comptoir pour arriver à la porte puis passage à la police, sécurité et douanes.
Record personnel : entrer et sortir 3 fois d'un pays en moins de 24 h
Ils me connaissent tous et ne cherchent même plus à comprendre ces allers-retours.
Arrivé à la porte d'embarquement pour apprendre que l'avion qui n'est pas arrivé décollera vers les 19h.
Après la frugale collation offerte en contrepartie du désagrément, sieste vaseuse sur les fauteuils puis départ pour l'escale de 45 mn à Bamako.
Re-décollage, arrivée à Cotonou à 1h30, nouvel épisode.
Les services sanitaires me demandent mon carnet de vaccination (qui est avec Pascale...).
Devant leur proposition de payer 10 euros pour établir un duplicata (sans original !!!), pas envie de bakchicher, le manque de sommeil aidant et me voyant m'installer pour attendre tranquillement Pascale le fonctionnaire m'arrache mon passeport des mains pour me bloquer.
Le ton monte vite et les policiers des alentours viennent s'enquérir de la situation. Sans surprise de ma part, ils prennent parti pour leur compatriote. Eh oui, quand l’occasion se présente, faut bien en croquer un peu aussi...
La meilleure défense étant l'attaque, je me fais un immense plaisir à leur annoncer que le ministère du tourisme français nous a délégué une mission d'analyse touristique du pays pour le compte du ministère du tourisme béninois avec lequel j'ai rendez-vous demain après-midi d'ailleurs !!!
Pour appuyer le propos, je déballe les 3 passeports des autres Passagers du Monde et tend les deux miens supplémentaires (ne le dites pas à Président Sarko, mais j’en ai 3 à mon nom…) en leur demandant d'en tamponner un au choix et que je reviendrai demain avec quelqu'un de leur ministère du tourisme récupérer celui que les affaires sanitaires m'ont arraché des mains.
Vu leur couleur naturelle, je ne puis assurer qu'ils aient réellement blêmi mais bizarrement, le passeport confisqué est réapparu, le doux bruit du tampon du Bénin résonna dans mes tympans et un policier eut la gentillesse de m'accompagner devant l'aéroport jusqu'à un taxi en lui expliquant que j'étais en mission officielle...
Magnifique coup de poker gagnant à la Pagnol avec une main de 6 passeports !!!
Après plus de deux heures, pour cause de perte du nom de l'hôtel prévu pour les retrouvailles, ne réussissant pas à trouver mes camarades passagers du monde, je me résous à prendre quelques heures de sommeil dans un petit hôtel, sympa au demeurant.
Le lendemain matin, je retrouve mon "chauffeur" Roger de la veille dans le hall de l'hôtel. Comme je n'ai plus de liquide et qu’il le savait, c’est en riant qu’il paye la chambre d'hôtel avec la rémunération de sa course nocturne de la veille, me conduit à un cyber-café d’où je préviens  par mail les autres que je suis à Cotonou puis à un guichet bancaire automatique et me ramène ensuite à l'aéroport.
Je me doute bien que les trois autres passagers du monde viendront me chercher à l'arrivée du premier avion arrivant de Dakar.
En fait, c'est Guy, le chauffeur de taxi qui les a conduit hier à leur hôtel qui me retrouve ; Devinez à quoi ?
Eh bien grâce à mon tricot jaune !!! (précision de Pascale : mais aussi grâce à son abondante chevelure...).
Comme quoi, la différence ne nuit jamais.
Sur la route des pêches, nous croisons une voiture qui les conduisait en ville et voilà le groupe réuni à nouveau.
Reste plus qu’à sortir les side-car du bateau… Mais cela sera encore une autre histoire !"
 
 10 février
Tout d’abord, cela fait drôle de parler et d’entendre parler français… Cela faisait bien longtemps. Nous retrouvons également l’euro, mais en passant par les Francs CFA via les anciens Francs…
A la radio, nous écoutons des voix connues, celles de RFI.
Et puis nous retrouvons l’Afrique, la vraie, pas celle d’Afrique du Sud. Celle des femmes en boubous colorés, celle de la circulation anarchique de Cotonou envahie de milliers de zem (motos taxis), celle des contacts humains...
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 Il fait chaud au Bénin, très chaud…  un petit 35° avec plus de 90% d’humidité. Nous logeons sur la route des pécheurs, en bord de l’Atlantique, à quelques kilomètres de Cotonou, dans un endroit fort sympathique « le jardin d’Helvétia ».
Un long banc de sable fin bordé de cocotiers où vivent des pécheurs dans des cabanes rustiques en feuilles de cocotiers qui pêchent le barracuda.
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 Dans Cotonou, on trafique pas mal d’essence en provenance du Nigéria voisin parfois même à quelques mètres des stations-service…
Ici les prénoms sont Evariste ou Toussaint et une rue de la ville s’appelle déjà Barrack Obama… que l’on voit sur nombre de casquettes et de tee-shirts. Les Africains sont fiers de son élection.
11 février
Les bagages et Michel récupérés, nous nous occupons des sides.
Mauvaise nouvelle, le cargo qui les transporte est annoncé avec 4 à 5 jours de retard… plus 3 jours pour sortir les containers du port, nous sommes donc « bloqués » à Cotonou une dizaine de jours. Le planning en prend un coup.
Décidemment tous ces transports en container/cargo nous auront vraiment coûté, en énergie, en argent et en temps… Seul, le transport en Avion Cargo entre le Brésil et Johannesburg s’était très bien passé. Mais les bateaux… une autre histoire !
En faisant les démarches nécessaires, nous avons parcouru Cotonou à pied, il fait toujours très chaud. Dégoulinant de sueur, nous trouvons près d’un mur un peu d’ombre salutaire (elle est rare ici) pour nous poser quelques minutes. Deux militaires armes au poing nous demandent de dégager au plus vite. Bon d’accord, nous étions appuyés contre le mur du bâtiment de la Présidence de la République !
En parlant de Présidence de la République, l’avenue Jean-Paul II où trônent la Présidence, des ambassades et des ministères est certainement l’avenue la plus propre de la ville. Des véhicules de nettoyage se relaient constamment contrairement au reste de la ville.
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 12 février
Comme nous sommes « coincés » quelques jours, nous déménageons, toujours sur la route des pécheurs, pour un hébergement moins cher et plus proche de la ville.
Nous rencontrons Thierry qui sera notre taxi durant notre séjour. La trentaine sympathique, il nous parle de son pays, de la corruption qui gangrène l’Afrique (on s’en est bien rendu compte…).
Il est très difficile pour un Béninois sans trop de moyens d’ouvrir un compte dans une banque. Du coup, existent des petites bicoques « tontine journalière » où les gens déposent les quelques billets gagnés dans la journée.
Thierry a demandé à une banque un prêt de 300 000 CFA (soit environ 500 euros) pour réparer son outil de travail (sa voiture). Négocier un prêt officiel entraîne un bakchich… Il n ‘a pas eu son prêt.
Devenir policier dans ce pays s’achète également, seuls les enfants de « riches » y parviennent.
Pourtant, il est content de son Président qui selon lui ne peut rien faire pour éradiquer tout ce système corrompu.
 
 13 février
Les habitants de l’eau

A  une vingtaine de kilomètres de Cotonou, dans la lagune, vivent environ 40 000 Toffinu dont la pêche est la principale activité (mais aussi la contrebande d’essence avec le Nigéria).
À l’origine, cette population a fui l’esclavagisme en se réfugiant dans les marécages.
Ganvié, cité lacustre et principale bourgade, est organisée en rues et quartiers. Il existe également une mosquée et une église, des écoles flottantes.
On circule bien sûr en pirogue et toutes sortes de produits sont à vendre dans les marchés flottants. Quand les pirogues se croisent, les femmes, coiffées de larges chapeaux de paille, papotent ou échangent des marchandises.
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 Nous sommes accueillis par les enfants qui crient «Yovo, Yovo » (« des blancs, des blancs »), beaucoup tendent la main. Il faut dire que la vie paraît très rudimentaire. Certaines maisons habitées semblent prêtes à s’écrouler, le manque d’hygiène est criant.
Mais indéniablement, une certaine atmosphère se dégage de ce lieu.
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 14, 15, 16, 17, 18 février
Cotonou

Le Français parlé ici est agréable à entendre, un peu désuet, parfois transformé, mais souvent teinté de politesse. Par exemple « Votre assise est bonne ? » pour « vous êtes bien assis ? », une «lapinerie» pour un endroit où l’on vend des lapins, « bonne arrivée » pour « bienvenue ».
Par contre ce qui reste extrêmement pénible est la lenteur des différentes administrations, leurs sous-entendus concernant d’éventuels  bakchichs à donner pour aller plus vite… Du moins à Cotonou.
Les jours s’écoulent entre les visites au port, à l’immigration, bref, on se languit de reprendre la route. Heureusement Cotonou a une bonne librairie…

19 février
Nous récupérons enfin les sides, et départ en milieu de journée à Ouidah par la route des pécheurs et celle des esclaves.
Cette route, parcourue par des milliers d’hommes pendant plus d’un siècle, se termine par la « porte de non-retour » endroit d’où partaient tous les esclaves pour le Brésil ou Haïti.
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 En plusieurs lieux, nous aurons eu le témoignage de cet esclavagisme,  au Mozambique, à Zanzibar et ici.

21 février
Avant 1972, la République du Bénin s'appelait le Royaume du Dahomey et c’est la ville d’Abomey où nous nous arrêtons qui lui donna son nom. De nombreux palais furent érigés par chacun des rois.
Il persiste aujourd’hui des palais et au moins 3 rois en exercice. Le palais du roi Dako, en ruine, se compose de petites maisons en banco aux toits de tôle arrachés.
Des cages pestilentielles abritent deux lionnes, un chacal, tous recouverts de centaines de mouches. Deux caïmans baignent dans des eaux putrides.
Ce roi, d’une cinquantaine d’années, a 57 femmes et environ 80 enfants (le chiffre exact n’est pas connu). Ces enfants, pour être reconnus portent une scarification sur la joue gauche faite à l’âge de trois mois.
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 Le roi règne sur une dizaine de villages « un peu de pouvoir politique mais surtout le gardien de la tradition ».
Thérèse, sa treizième femme me raconte qu’elle est fonctionnaire à Cotonou et rentre le week-end au palais. Il est important pour elle de connaître son numéro de rang (Maz, j’ai retrouvé XIII) et le protocole. Par exemple, il ne faut pas rester (pour une femme) debout devant le roi mais assise ou à genoux. De même, personne ne doit voir le roi manger.
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 Le Bénin a une longue tradition de culte vaudou et en l’espace de quelques heures, nous avons rencontré le chef du village de Detohou, chef de l’oracle et chef du culte vaudou que l’on vient consulter de très loin.
Dans ses temples garnis de fétiches et statues divers, il se livre à des incantations, chante, mange et se frotte le nombril avec une sorte de bouillie composée d’une tête de chèvre, d’un porc-épic et de maïs.
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 Régulièrement, il boit un petit verre d’alcool de palme (histoire de faire glisser cette bouillie infâme ?)
Il soigne, jette des sorts (ou en enlève). Ici, les femmes qui ont des jumeaux sont considérées comme des reines (Céline, tu pourras le dire à Laurent…).
Lui, il a 16 femmes et 64 enfants. Son fils aîné prendra sa relève.
En une après-midi, nous sommes passés dans une autre dimension, celle de l’irréel, de l’irrationnel, de la sorcellerie et du vaudou.
Dans les marchés, nous trouvons quantité « d’objets » nécessaires à ce culte : des oiseaux, des chauves-souris séchés, des têtes de crocodiles, des statuettes, des poudres magiques…
On nous a raconté toutes sortes d’histoires : celle de la téléportation réalisée grâce à du chiendent, celle des esprits, celle de l’Afrique du jour et celle de l’Afrique de la nuit.

22 février
Nous partons d’Abomey assez tôt. Sur la route, des « 404 Pigeot », des vieux camions dont l’immatriculation est encore Franç    aise. Puis des motos chinoises.
Nous ne publierons pas la photo de ces motos. Un « rambo » nous fonce dessus, en nous arrachant l’appareil photo des mains. Tout cela finira chez le commandant de gendarmerie.
Les motos chinoises étaient garées à côté de la gendarmerie qu’il est interdit de photographier. L’attitude, la violence et surtout les paroles de ce « rambo » nous ont fait ressentir de sa part un sentiment « anti-blanc » assez fort.
Nous récupérons notre appareil photos, la lanière cassée.

Dommage.
Nous avons été arrêtés plusieurs fois par des policiers et des militaires, mais toujours très sympas et curieux de notre voyage.
À part ça, il fait plus de 36°, nos incantations n’ont pas fait venir la pluie.
Demain, le Burkina Faso.
 
 
 
 
Dernière mise à jour : ( 24-02-2009 )