Mozambique
Par Pascale
18 décembre


Les Sud’Af nous conseillent de passer la frontière tôt…
Debouts à 4 heures du mat, nous étions à 5 heures à la frontière.
Affaire menée en 1h30.
Le contraste avec l’Afrique du Sud est saisissant d’autant qu’ici, on parle portugais parfois mélangé avec un dialecte local.
Le long de la route, beaucoup de vélos, de piétons, il faut dire que l’essence est à plus d’un euro le litre.
Les femmes portent l’eau ou du bois sur leurs têtes, les hommes palabrent à l’ombre sous les arbres.
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 Dans le petit village de Xai-Xai, arrêt dans une banque.
Durant les 30 minutes d’attente, on a voulu me vendre : des épingles à linge, des brosses à dents, une gambas, un soutien-gorge, du vernis à ongle, un ananas, de la salade, une jupe, des cartes téléphoniques, des grands sacs plastique, bref, j’aurai eu de quoi remplir tout le side…

Deux heures de piste sableuse pour trouver un hébergement au bord de l’Océan Indien, pour seulement 15 Kms…Nous sommes arrivés épuisés, transpirants et sales. Mais le coin en valait le coup : douche à l’eau de pluie, poisson pêché du jour grillé au feu de bois, riz… Impeccable après cette dure journée. Au coucher de soleil, des milliers de crabes envahissent la plage.
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 Nous traversons des villages de huttes. Au bord de la route, on vend du bois, du charbon de bois, des chaises en plastique, des fauteuils en cuir.
Un petit arrêt pour acheter des noix de cajou au bord de la route à un homme près d’un arbre mort sur lequel pendent des sacs blancs.

Les petits villages sont parfois peints aux couleurs des deux opérateurs de téléphonie mobile qui se partagent le pays. Un village bleu pour Vodacom suivi d'un village jaune pour MCel. Les tee-shirts des enfants affichent aussi la publicité de ces opérateurs.
15 ans de guerre civile ont laissé des traces, personnes handicapées (surtout les jambes), bâtiments détruits et certaines pistes interdites car tout n’a pas été déminé.
Nous nous arrêtons acheter des petites bananes, très sucrées. Toute la famille accourt. Nous prenons des photos que nous leur imprimons, c’est la joie, ils dansent et embrassent les photos !
Nous discutons, ils nous donnent des mangues (excellentes), bel échange.

Nous nous posons deux jours à Vilankulo, tout au bord de l’Océan Indien.
Vilankulo fait face à l’archipel de Bazaruto.
Du bleu, du vert pour l’océan, du gris, du bleu pour le ciel. Des dhows toutes voiles dehors tournent entre les îles à la recherche du poisson du jour.
Le soir, manches longues, produits anti-moustiques, sont nécessaires.
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Terre rouge, ciel étoilé, baobabs, moiteur, nous sommes bien en Afrique.

 21 Décembre
African time
Par Pascale

Nous remontons sur la Tanzanie. Aujourd’hui, journée pluvieuse, moiteur, nous sommes en « petite saison des pluies ».
Il faut s’adapter à ce nouveau continent.
Intégrer le temps différemment, accepter les lenteurs, les retards. Intégrer la négociation constante, intégrer les arnaques « aux blancs ».
Préférer les villages aux villes même si nous devons y aller régulièrement pour trouver de l’argent.
Recompter la monnaie que l’on nous rend, il manque toujours quelques billets…
Il est difficile de trouver de l’essence, et nous devons demander à chaque village ou petite ville. Parfois, il s’agit de particuliers qui vendent. Ils prennent des litres dans une cuve et les mettent dans des bidons. S’apercevoir que le vendeur affirme que ses bidons contiennent 5 litres et qu’en réalité il n’y en a que 4.
Nous roulons avec notre jerrycan plein, ce qui nous permet, avec nos deux réservoirs, d’avoir une autonomie de plus de 500 Kms.
22 décembre
Le centre vit d’une agriculture de subsistance et tout paraît plus pauvre : absence ou fermeture de dispensaires, enfants en haillons, huttes très sommaires. L’électricité et l’eau n’arrivent pas dans ces campagnes. Des femmes ramassent l’eau des flaques de la dernière pluie.
De très jeunes femmes portent un enfant sur le dos, en tiennent un par la main et en attendent un autre.
Cette partie du pays semble complètement abandonnée.
En 2800 Kms parcourus, nous n’avons vu qu’une seule ONG : des tentes de l’Unicef dans le Sud.
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 Nous rencontrons un médecin qui nous dit que 33 % de la population est atteinte du sida. Contrairement à d’autres pays d’Afrique que nous connaissons (Mali par exemple) ici pas de campagne de dépistage visible. Il nous dit également que les classes comportent plus de 100 élèves et que faute de salaires décents, les instituteurs abandonnent leur métier.
 
Le long de la route, une petite économie s’est installée : du charbon de bois mais aussi quelques poules et des noix de cajou à vendre.

Traverser le fleuve Zambèze a été tout un poème. Plus de trois heures pour passer, bac chargé à bloc de véhicules et de personnes, le tout orchestré par des militaires.
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 Regardez l'embarquement des passagers


23 décembre

Huit heures du matin, il fait déjà 36°…
Le Mozambique est grand, pour le traverser nous devons faire des étapes de plus de 400 Kms tous les jours afin de trouver des hébergements dans des villes ou grosses bourgades. Nous avons le choix entre des hôtels miteux avec des cafards plein la chambre pour 30 euros ou des hôtels potables pour 40 euros. L’hébergement est rare et donc horriblement cher dans ce pays.

Globalement, la route est dans un état correct (financement Suédois).
Parfois, nous sommes déviés sur des pistes qui traversent des petits hameaux. Nous achetons ananas et mangues pour moins d’un euro. Les manguiers croulent sous leurs fruits (excellents) qui semblent être la nourriture de base des enfants.

Par contre, rouler en ville est une catastrophe… des trous larges comme la chaussée, c’est Beyrouth !

Et toujours, en bord de route, des enfants qui dansent en nous voyant (les plus petits sautent de peur dans le fossé…), des mains qui se lèvent, des vélos qui manquent de tomber de surprise … Nous serions habillés en Père Noël, ce serait la même chose !

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Depuis que nous sommes au Mozambique, nous croisons des milliers de personnes qui marchent une pelle sur l’épaule, des fagots de bois sur la tête, qui portent sur leur vélo des poules, des chèvres ou des ananas.
Le vélo reste le moyen de transport principal. Comme il n’y a pas d’électricité, la vie est rythmée par le lever et le coucher du soleil 
 
24 et 25 décembre

Ilha de Moçambique, petite île de 2 Kms de long, endormie, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO sur laquelle on accède par un pont de 3Kms. Du temps des Portugais, cette île servait d’embarquement des esclaves.
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 Eau couleur turquoise, plages de sable blanc qui servent de toilettes publiques, grande pauvreté, et premières mosquées que nous voyons.
17 000 personnes vivent sur cette île. La pêche permet de survivre.
Le matin de bonne heure, les habitants recouverts du tissu local font leurs besoins sur les plages, leurs maisons ne disposent pas de toilettes.
Un autre monde, une autre réalité, un autre temps.
Les bâtiments coloniaux tombent en décrépitude. Un passé lourd, un concentré d’histoire, un abandon complet, mais aussi une certaine nostalgie se dégagent de ce lieu qui est d'une beauté terrible et triste.
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26 décembre
 Il fait toujours aussi chaud, très chaud. Parfois, un nuage un peu plus noir que les autres nous envoie quelques gouttes. J’ouvre la visière du casque, et c’est alors un bonheur que de sentir l’eau …
Nous nous arrêtons à Macomia, dernière étape au Mozambique avant la frontière avec la Tanzanie.
Les femmes et les enfants improvisent une danse sur la route.


Nous mangeons dans le seul bouiboui ouvert disposant de l’électricité (groupe électrogène). Un type bourré, assis au comptoir, se pisse dessus.
 27 décembre
Départ 6 heures du mat, nous avons pas mal de piste avant de traverser le fleuve Ruvuma qui sert de frontière. Latérite, et sable nous amènent au poste frontière représentée par une cabane en banco devant laquelle deux fonctionnaires dorment sur des chaises. Il ne doit pas passer grand monde par ici…
Direction le fleuve, et nous apprenons que le ferry a coulé il y a 6 mois.. Gasp !
Une dizaine de Monzambiens (ou Mozambiquiens ?) présents sur le bord du fleuve nous proposent un passage pour 6OO dollars sur leurs petits bateaux. Nous sommes des « portefeuilles sur pattes », mais quand même !
Que faire ? Il est 14h30, nous n’avons presque plus d’essence et il faudrait parcourir en sens inverse des centaines de kilomètres pour trouver un autre passage.
Nous arrivons au bout d’une heure à négocier ce passage 1/3 du prix annoncé. Et commence la préparation des barques…
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 Une trentaine de minutes de traversée (avec quelques crocodiles au bord des rives), et nous débarquons en Tanzanie avec soulagement pour ma part…
Regarder nos descentes du bateau :
Celle de Michel


Et celle d'Alain

 Pas d’eau, pas d’électricité aucune hygiène, un tiers de la population atteinte par le Sida, des écoles et des dispensaires fermés, aucun outil de travail dans les campagnes, rien.
Le Mozambique semble complètement abandonné, de son gouvernement (dictature corrompue ?), des autres nations.
La petite blanche que je suis, prend cette Afrique-là en pleine tête.
 
DerniŤre mise ŗ jour : ( 27-05-2009 )